
Comment s'organise la lutte contre le cancer à l'échelle mondiale et européenne ? Quels grands défis nous attendent d'ici 2050 ? A l'occasion du 4 février, journée mondiale de lutte contre le cancer, nous sommes allés à la rencontre du Pr Jean-Yves Blay, directeur du Centre Léon Bérard et directeur de la fédération hospitalière Unicancer, pour comprendre les grands enjeux de la lutte contre le cancer de demain.
Quelles sont selon vous les grandes actions à mener contre le cancer, au niveau mondial, ces prochaines années ?
Au niveau mondial, de nombreuses actions vont devoir être menées.
Il y a notamment la question de la formation de nos soignants et de nos médecins, que l’on imagine parfois comme une problématique française. En réalité, l’OMS a identifié qu’il va manquer, dès 2030, pas moins de 11 millions de soignants et de médecins dans le monde. On comprend là qu’il s’agit d’un projet pour l’ensemble de la planète et que nous avons déjà du retard.
L’autre sujet c’est bien évidemment la prévention contre les cancers : toujours d’après l’OMS, c’est une augmentation de près de 77% des cancers qui va se poursuivre ces prochaines années tout autour du globe. C’est donc le fait d’éviter de nouveaux cas de cancers qui va permettre de soigner plus de personnes. Concrètement, cela veut dire travailler sur les facteurs de risques évitables, donc le tabac, l’obésité, la sédentarité, l’alcool. Tout doit être absolument minimisé, voire absolument proscrit concernant le tabac, si l’on veut éviter une explosion des cas de cancers.
Mais les disparités vont se creuser entre les pays. Il y a aujourd’hui un vrai progrès avec des outils technologiques qui se déploient, d’immenses innovations mais on va observer et on observe déjà de grandes disparités sur la qualité et la vitesse d’accès aux systèmes de santé, même dans des pays bien structurés comme la France ou les pays européens.
Le grand sujet reste aussi la prise en charge à long terme des patients guéris : on parle alors de prévention tertiaire. L’objectif est d’éviter au maximum les rechutes et les seconds cancers. Un accompagnement de plus en plus personnalisé va être indispensable à mettre en place et est déjà parti pour être mis en place.
Et pour la France, pensez-vous à des actions spécifiques pour la lutte contre le cancer ces prochaines années ?
Cette vision globale s’applique aussi à la France bien sûr, mais je pense également à un autre aspect. Selon moi, nous avons plus que jamais besoin de mesures de centralisation pour des cancers rares ou compliqués, comme les tumeurs cérébrales, les sarcomes, les cancers de l’ovaire. Ces cancers ont besoin d’être pris en charge par des centres qui ne font que cela pour avoir accès à une forte expertise : c’est le gage d’un meilleur taux de guérison.
Et si l’on revient sur la prévention, qui reste pour moi un sujet prégnant pour la lutte contre le cancer ces prochaines années, la France possède une spécificité dont on peut ne pas être fier : son taux faible de vaccination. Je pense tout particulièrement bien sûr à la vaccination HPV, où notre couverture vaccinale reste vraiment en retard par rapport à l'Australie ou la Nouvelle-Zélande mais qui permettrait d’enrayer l’épidémie de cancers du col de l’utérus, cancers de l’anus ou cancers ORL en lien avec les HPV.
C’est d’ailleurs le même phénomène pour la prévention secondaire et les programmes de dépistages obligatoires et gratuits, comme le dépistage du cancer du sein et le dépistage du cancer colorectal, où, concernant ce dernier, ce sont moins de 40% des français qui participent au dépistage. C’est vraiment dommageable quand on sait (et que l’on répète) que plus un cancer est dépisté tôt, plus les chances de guérison sont importantes.

