35, Rue Tête d'Or
Ce blog n'avait pas, et n'a toujours pas, pour vocation première de se consacrer entièrement à Nizier-Anthèlme Philippe dit Maitre Philippe de Lyon. Mais les circonstances, les recherches et approches personnelles, font que nous devons en parler en approche permanente de la vérité.
Et comme de nombreux points ou sujets concernant Maitre Philippe, il convient de s'intéresser un peu à son domicile le plus connu à Lyon ; beaucoup de choses ont été dites, écrites, présentées à ce sujet, malheureusement pas toujours exactes, reproduites de bonne ou de mauvaise foi.
D'abord un site remarquable sur les rues, places, ponts, parcs de Lyon ( http://ruesdelyon.wysiup.net/ ) nous apprend sur la Rue Tête d'Or :
Avant de devenir une église catholique, le site du saint nom de Jésus aurait été le siège de la loge maçonnique la bienfaisance à partir de 1761.
Louis Claude de Saint Martin qui a été franc-maçon à Lyon au 18e siècle a inspiré l’ordre Martiniste fondé par le docteur Encausse dit Papus au début du 20e siècle. Ses livres sur la magie ou la chiromancie sont toujours diffusés.
Le maître Philippe de Lyon, mage guérisseur y a soigné quantités de patients. Il possédait l’hôtel particulier au n°35, à l'angle de la rue Tronchet, fruit d’années de guérisons. Il ne se contentait pas de guérir, il a aussi aidé au logement des nécessiteux, ce qui lui vaut une ferveur encore vivante. Un jour il a fait tomber la foudre dans la cour pour impressionner son disciple, le fameux Papus. Sa maison a été démolie au profit d'un immeuble en cours d'achèvement en 2012, une partie est consacrée au logement social.
Bien entendu, les faits relatant Philippe sont repris de maints ouvrages sur le sujet, mais il est intéressant d'apprendre que le siège de la Loge Bienfaisance se trouvait dans la rue à partir de 1761 à l'emplacement d'une église.
Qu'en est-il du 35 rue Tête d'or ? Il est d'abord à remarquer que jamais la rue n'a été l'objet d'une renumérotation, ce qui fait que le lieu a toujours conservé son numéro 35. Le cadastre de 1889 nous présente un plan très pécis et métré de la rue et de la maison :
Nous reviendrons après sur les différents métrages. D'autre part, les ouvrages, publications, sites nous présentent toujours les mêmes photographies d'une maison à deux étages avec une porte murée donnant sur la rue (il faut reconnaître qu'un album précise bien que ce ne fut pas toujours le cas). Il existe cependant une photo plus ancienne (et de mauvaise qualité) datant de l'époque et prise depuis la rue Laurent Vibert qui fait pratiquement face au 35 :
On y voit très bien une maison de un étage avec des combles aménagés sous le toit ainsi qu'une porte cochère donnant sur la rue. Car, en effet, à cette époque la maison ne comportait qu'un étage au dessus d'un rez de chaussée accessible par un perron sur un entresol. On le voit d'ailleurs très bien sur une photo des époux Leloup (Sédir) et encore mieux sur une photo de Gérard Encausse (Papus) inédite d'une collection privée. Ce perron surmontait une fausse grotte très à la mode à l'époque et que l'on voyait souvent dans les propriétés comme par exemple à l'Arbresle dans le Clos dit Landar. Cet étage UNIQUE est d'ailleurs confirmé par le registre de propriétés du cadastre de 1890 :
Donc ceux qui ont témoigné d'un second étage où se situait l'appartement de la famille Philippe ont mal vu, le second étage ayant été rajouté de nombreuses années après, dans une période plus contemporaine. On remarque sur le document en 1890 le nom du propriétaire : Tapissier. On retrouvera ce nom sur un cadastre de 1907 :
Ce nom est d'ailleurs confirmé par le recensement bien antérieur de 1876 :
Et si nous revenons au registre de propriété de 1890 présenté plus haut, nous trouvons l'annotation en mutation que Tapissier a vendu le bien à Chapas ! Ce qui signifie que, contrairement à ce qui a été écrit partout, les Philippe n'ont JAMAIS été propriétaires du 35 rue Tête d'Or, ceux-ci étant Tapissier puis Chapas.
Voici un état de quelques recensements à cette adresse : (occupants des lieux sans précision de propriété)
En 1891 :
En 1901
avec anomalie comique : cherchez Victoire Philippe épouse Lalande...alors que son mari habite à la même date 11 rue Tronchet...avec sa mère...déjà décédée lors de son mariage...!!!
En 1906 :
En 1911 :
dont Joseph Philippe ?
Cadastre de 1926 :
On remarquera que déjà la propriété située derrière appartient à la Société immobilière de la rue Tronchet gérant les biens de l'institution religieuse, et le 35 rue Tête d'or deviendra par la suite propriété de cette Congrégation.
Vue aérienne :
Puis le bien sera vendu ainsi que d'autres propriétés à l'Association Habitat et Humanisme qui agit dans le domaine de la réinsertion sociale notamment en ce qui concerne le logement. Une plaque a été apposée par l'association Maitre Philippe à l'entrée du nouveau bâtiment :
Il faut revenir maintenant sur le cadastre de 1889 donnant avec précisions le métrage du 35 rue Tête d'or. Les dimensions ont été vérifiées par rapport aux données des maisons adjacentes pour avoir la certitude qu'il n'y ait aucune erreur.
Nous constatons ainsi que le jardin, qui contenait des plantations, la fausse grotte ainsi qu'un appentis (nettement visible sur le côté droit avant de la maison sur les photos inédites de collection privée) mesure en tout environ 16 mètres sur 9. La maison est plus petite avec 13 mètres sur 9 ; et enfin la petite cour arrière (dont jamais personne ne parle) est de 1,30 mètres sur 9. La porte d'entrée sur la rue a une largeur de 2,10 mètres. Ce qui donne les superficies suivantes : jardin 140 m², maison 115 m² et courette 12 m².
(il est à remarquer un fait noté par les observateurs : une fausse grotte existe toujours au Clos Landar de l'Arbresle, dans le parc en contrebas du perron d'entrée, devant la fameuse table ronde, est ce un hasard ?)
Et bien considérant ces dimensions, je mets quiconque au défi de faire tenir en une pièce plus de 20 personnes en tenant compte des aménagements intérieurs nécessaires, cloisons, meubles, matériels, cheminées. De surcroît 50, 60, 80 ou 100 personnes, comme nous le lisons dans les différents témoignages !
Cet article comporte de nombreux éléments mis en exergue et qui amènent à réflexion, mais aussi, si on regarde bien, les recensements par exemple permettent de se poser d'autres questions sur des détails curieux...à chacun de s'y amuser. Les recherches présentées ont été effectuées à partir des archives départementales du Rhône et de celles de la ville de Lyon (cadastres et recensements), photo aérienne de Mappy 2008.