joconda

 


L’ETE FUT CHAUD
10/2003

Cet été, quand j’errais dans les rues de Paris,
Je fus comme les autres bientôt comme un rôti.
Dans les couloirs du Louvre je me réfugiai
Pour pouvoir profiter de l’air climatisé.
Le hasard me guida devant Dame Joconde
Qui, comme d’habitude, attirait un grand monde.

Le peuple émerveillé la regardait, béat,
Moi, je l’imaginais me montrant ses appas
Soudain, en un éclair, la foule disparut :
Un étrange frisson alors me parcourut.
Je me retrouvai seul devant cette beauté
Et ressentis alors le temps comme arrêté.

Je crus à cet instant l’entendre soupirer,
Aussi près du tableau doucement j’approchai,
Elle murmura alors : oh, mon Léonardo !
Je me dis : elle se trompe, me prend pour Caprio,
Elle confond le Louvre avec le Titanic,
Évacuons en douce et surtout sans panique !

Elle me fait un clin d’œil et son plus beau sourire,
Regarde à droite, à gauche, et descend du tableau,
Puis me prend par le bras : viens mon Léonardo.
Et nous voilà partis, bras-dessus, bras-dessous,
En franchissant les portes, elle me fait des bisous
Et les gardiens émus nous regardent sortir.

Après un hamburger avalé chez Mac Do
Nous prenons une chambre à l’Hôtel du Lido.
Pendant de longues heures alors Mona m’usa,
C’est ainsi que j’appris à faire des entrechats.
Nous partîmes en balade dans la France profonde,
Au hasard des chemins d’une humeur vagabonde.

Pendant des jours entiers elle m’expliqua sa vie
Et comment elle devint l’égérie de Vinci
Rencontré débauché une nuit sur le Po
Alors qu’il lutinait de jeunes matelots.
Certains même firent croire qu’elle n’était pas femme
Et qu’elle était Monsieur et aussi croque-madame

Il l’embaucha aussi à être son Saint Jean
Mais faire ce tableau lui dura très longtemps :
Quand il disait : souris, elle grimpait sur la table.
Quand il éternuait, elle était charitable :
Elle dégrafait sa robe en disant : à vos souhaits
Et se retrouvant nue, elle le dévergondait.

Des avis de recherches recouvraient tous les murs
Pour retrouver la belle partie dans la nature.
On soupçonna les profs et les intermittents,
On alla au Larzac voir les manifestants,
Des vieillards dans leurs lits furent interrogés,
On surveilla les Corses et tous les immigrés.

Après une dernière nuit d’étreintes amoureuses,
Mona rentra au Louvre toujours aussi radieuse.
Avec tous les ministres on fit un vin d’honneur,
Et la France du bas retrouva le Bonheur.
Elle fut interviewée à la télévision
Qui lui organisa un jour de Monathon.

Et si pour vous ce soir je fais le mirliton,
C’est bien parce que depuis j’ai perdu la raison,
Et que je fais des vers qui n’ont ni queue ni tête,
Ayant perdu l’amour de cette femme parfaite.
Et dans les rues de Lyon je déclame ces vers
En espérant draguer la Dame de Fourvière.

Gérard-Antoine Demon