Il y a bien longtemps, presque dans une autre vie j'ai conçu un ensemble poétique en vue d'en faire un spectacle avec scènographie, mise en sons et lumières, et différents artistes : comédiens, musiciens, danseurs. En son temps j'ai déposé l'ensemble aux archives SCALA, mais je ne donnai pas suite à mon projet.

J'en ai publié de nombreux extraits sur mon blog de poésie maintenant en repos pour privilégier le présent blog. Si cela plait à mes lecteurs, petit à petit je réintégrerai les extraits proposés ici.

Et voici donc le début de ce voyage :

EN EXERGUE

Tout début est une fin en soi....

Te souviens-tu de cette nuit que nous avons passée au cœur de la Provence, au pied du Moulin de Daudet ?
Les flots du Mistral déchainé soufflaient par rafales ; le ciel noir, percé d’étoiles brillantes comme des diamants, nous entourait en un globe infini, les oliviers, les cyprès et les pins ployaient et gémissaient sous la torture du vent.
Cette nuit-là, nous étions heureux, nous étions seuls au monde,  nus comme des nouveau-nés au milieu de cette nature qui nous cernait en frémissant. Nous aimions cette nature, faisant corps avec elle, nous nous aimions...
Quand vint le jour, tu me demandas d’aller voir le lever du soleil, au bord de la mer.
Ce fut une course contre la montre : lorsque nous arrivâmes sur la plage, l’énorme boule de feu émergeait déjà à l’horizon, naissant de la mer. Tout était beau, les vagues scintillantes prenaient leur course au loin pour venir avec force mourir à nos pieds, baignant l’immense tapis de  sable clair, nous étions seuls au monde, auréolés par l’éclat du soleil et bousculés par le vent.
Je t’ai dit alors : “tu vois, ici, c’est cela, le soleil et le vent”-*-. Tu m’as répondu : “quel beau titre de livre !”.
J’ai écrit ton prénom sur le sable, mais, bien vite, il a disparu, gommé par les vagues, emporté par les flots, je n’ai pas compris alors que c’était un symbole car nous n’existions pas face à cette éternité.
Le soleil et le vent, un jour, peut-être, j’écrirai ce livre, j’ai tant de choses à dire...



Ecartelé par les désirs d’Amours chimériques,
L’Homme suit son chemin tel une feuille sur l’eau.
Pour lui, c’est une voluptueuse errance
Où il s’égare confortablement.
Mais il traine sa désespérance
Dans un non-bonheur permanent,
Attendant toujours l’éclatement
Des cellules d’un Amour déraisonné.
Universellement seul,
Dans l’obscurité de sa conscience,
Il recherche à être Dieu.
Même si quelques parcelles de lumière
Viennent à l’illuminer quelquefois,
Son errance continue dans sa quête vers la source,
Dans son chemin vers l’absolu.
Et quand il rouvre le placard de ses habitudes
Et se regarde dans la glace,
Il a peur : car l’Homme est nu.



Elle était nue, allongée sur le sable chaud,
Son corps sur la plage était resplendissant,
A ses pieds les vagues se brisaient en rouleaux.
Ses courbes féminines caressées par le vent
S’offraient en leur beauté aux rayons du soleil.
Et moi j’étais soleil,
Et moi j’étais le vent.
Et je la réchauffais tout en la caressant.
Elle semblait dormir en un repos profond :
Elle ne dormait pas car elle m’attendait,
Et moi, tout autour d’elle, je murmurais son nom,
Lui donnant la chaleur qu’elle me demandait.
Car j’étais le soleil,
J’étais aussi le vent.
Avec grande passion elle s’offrait à moi en fleur épanouie
Je l’entendais gémir et pleurer de bonheur,
De grands frissons d’amour parcouraient tout son corps
Nous n’étions qu’un seul être en parfaite harmonie,
Et nous étions le jour, et nous étions la nuit,
Et nous étions soleil, Et nous étions le vent.


-*- et aujourd'hui 25 mai 2021 (!) je découvre avec surprise dans une émission de télévision que cette expression le soleil et le vent figurait dès 1963 dans les paroles de "pour moi la vie va commencer" chanson du film "d'où viens-tu Johnny"...

un hommage inattendu au grand Johnny Halliday !

Gérard-Antoine Demon

(j'ai créé la catégorie le Soleil et le Vent où vous pourrez trouver, par la suite, mes autres textes poétiques)