Mon arrière-grand-mère maternelle vivait dans un petit village des Monts du Lyonnais.qui fut le siège d'une grande Abbaye : Savigny. Je ne connais pas les dates exactes de naissance et de mort mais je peux dire que sa vie s'est écoulée à cheval sur les XIX° et XX° siècles (avec certitude 1875/environ 1960) car elle mourut très âgée, j'avais alors environ 10 ans.

C'était une famille de paysans, très populaires dans le village : l'arrière-grand-père revenu de l'armée comme aide de camp du  général Saussier (qui fut, entre autre, Gouverneur militaire de Paris !), élevait des chèvres et s'occupait de ses vignes du Récy sur les pentes du Crêt d'Arjoux.

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vers 1940


Et son épouse, la mère André (nom de famille), élevait ses trois enfants, tenait la maison, cultivait son champ  et son jardin; mais elle avait aussi une activité sociale importante dans le village.
Bien que leur maison soit éloignée, sur les pentes du Crêt d'Arjoux, elle rendait service dans tout le village pour les repas de vogues (pour la Pentecôte et vogue toujours aussi célèbre de nos jours), noces, banquets, baptêmes, premières communions et même enterrements. Et aussi, j'ai toujours entendu dire qu'elle avait mis au monde beaucoup de jeunots du village, c'était un peu la sage-femme communale, bien que n'ayant jamais fait d'études médicales , et d'ailleurs aucune étude tout court, mis à part la communale. Et les jeunots doivent maintenant être âgés de 60 à 100 ans...
En plus, physiquement c'était un personnage, véritable sosie de la publicité Mère Denis pour Vedette ! Lors de son enterrement, tout le village, et même plus, était là.

Et sa maison était pour moi un véritable château d'aventures où j'ai passé de nombreuses vacances de la petite enfance, avec des pièces mystérieuses, des endroits pleins d'ombres, des meubles d'une autre époque tels la table-pétrin, la grande pendule à balancier dont la sonnerie éraillée tintait tous les quarts d'heures (il fallait remonter les poids tous les matins) ou le vieux fourneau en fonte, la cave, le fournil avec sa réserve de bois, un cuvage, une grange avec un étage de foin, le cagibi sur le palier éclairé par une lucarne avec sa pierre d'évier qui s'écoulait sur le chemin, le grenier qui m'était interdit et où j'allais en cachette visiter des malles mystérieuses (provenant de l'arrière-grand père : foulard d'artilleur, éperons, carte d'état-major entoilée de Paris, etc...). Le vieux fourneau en fonte installé dans l'ancienne cheminée, en plus de la cuisine et de l'eau chaude (réservoir avec robinet), chauffait la maison notamment les chambres au-dessus par un trapon découpé dans leur plancher.

En fait il s'agissait d'une maison de la campagne précédée d'un grand pré entouré de vignes, en pente douce avec vue sur toute la vallée, avec une boutasse (serve) où je pêchais des salamandres que je remettais à l'eau, desservie au-dessus du village par le chemin de Trente Côtes et alimentée en eau par un puits.On buvait l'eau du puits bouillie et aromatisée à la Javel ou aux seltinés du docteur Gustin. Par temps de vent, l'électricité était souvent coupée et la maison possédait une collection de lampes à pétrole.

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 en 1958

J'ajoute que pour mes premiers bains , dans ma très petite enfance, on mettait une petite baignoire en zinc avec l'eau chauffée au soleil dans le pré, puis on m'installait en haut des escaliers sur le palier :

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