En reprenant un ouvrage de Jean Hani ( http://jeanborella.blogspot.fr/2008/11/regard-sur-loeuvre-de-jean-hani.html ) La Royauté sacrée du pharaon au roi très chrétien réédité par Trédaniel (première édition : La Maisnie 1984), j'en remarque l'introduction dont voici quelques extraits :

...cette occasion nous est donnée par le spectacle qu'offe aujourd'hui la décomposition de nos sociétés civiles, décomposition dont les débuts remontent loin, certes, mais qui s'accélère dangereusement , au point que ces sociétés semblent atteintes d'une phtisie galopante, contre laquelle les penseurs, théoriciens et inventeurs de systèmes de toutes espèces, s'efforcent de trouver des remèdes, car la source du mal se situe au  niveau de l'intelligence moderne qui, en ce domaine, comme en d'autres, opère d'après de faux principes directeurs auxquels pourtant bien peu sont décidés à renoncer.

Aussi la tâche la plus urgente, à l'heure actuelle, est elle la réforme de l'intelligence ; il s'agit, on l' a dit avant nous et mieux que nous, de reconstituer une élite intellectuelle, au vrai sens du mot, c'est-à-dire capable de renouer avec les principes de la grande tradition spirituelle que l'Occident a trahie progressivement depuis cinq siècles, depuis l'époque de cette fameuse Renaissance qui fut, en réalité, à bien des égards, une véritable mort.

La reconstitution de cette élite intellectuelle doit s'opérer, non seulement dans le domaine supérieur de la religion (elle aussi en bien mauvaise situation) et de la philosophie au sens le plus élevé du terme, mais dans tous les domaines qui en dépendent , et, en particulier, dans celui qui vient immédiatement après par son importance, car il commande toute la vie extérieure de l'Homme, le domaine social et politique.

Les problèmes qu'il pose sont difficiles à aborder aujoud'hui, car la politique est en butte à la méfiance, voire au mépris de ceux , parmi nos contemporains, qui ont encore des idées saines ; attitude que nous comprenons aisément lorsqu'il s'agit de la vie politique telle qu'elle se déroule sous nos yeux et qui nous offre le spectacle peu exaltant de régimes déliquescents...

...la tentation est grande, alors, de se désintéresser du problème politique et de se retirer dans sa tour d'ivoire. Mais c'est là, quel que soit notre dégoût, une position qu'il faut dépasser ; car s'abstenir , pour celui qui a encore le sens droit et des idées saines, est une démission. Certes, nous ne voulons pas parler nécessairement d'engagement dans la vie civique active, ce qui n'est pas la vocation de tout le monde et qui est, d'ailleurs, bien hasardeux aujourd'hui. Mais ce que tous les Hommes qui pensent bien en général et ont une conscience  douloureuse, on peut le dire, de l'état de chose actuel, peuvent , et, nous semble-t-il, doivent faire, c'est de prendre connaissance de la vérité aussi dans le domaine politique, et, la connaissant, de le répandre autour d 'eux ; car c'est par là, et par là seulement, dans la situation où nous nous trouvons, que les choses pourront changer, parce qu'alors les esprits auront changé également et auront retrouvé la voie droite.

...une politique dépend toujours d'une philosophie et, lorsque les principes s'actualisent dans une institution qui dure, celle-ci, comme l'a bien vu Thucydide https://fr.wikipedia.org/wiki/Thucydide, en développe toutes les conséquences. La mauvaise politique n'est pas autre chose que la mauvaise philosophie érigeant ses principes en maximes de droit public, pour mener, finalement, la société à la catastrophe. Mais il ne suffit pas de dire que, pour avoir une bonne politique, il faut une bonne philosophie : encore est-il nécessaire de préciser (parce que beaucoup de nos contemporains en sont oublieux) que la philosophie n'est réellement bonne que si elle dépend de la métaphysique...

Voilà donc les quelques extraits de cette introduction publiée, je le rappelle, il y 32 ans, en 1984. Voilà donc ce qu'écrivait alors ce grand connaisseur des Philosophies et des Religions dont les ouvrages se rattachent tous à cette Tradition universelle. Il est à remarquer que ces passages ne concernent ni une option politique ni une option religieuse particulière et s'attachent à ne parler que de la règle générale.

Quant au livre par lui-même, il ne peut qu'intéresser beaucoup de visiteurs de ce blog. Pour leur donner envie de le lire, j'en présenterai seulement le sommaire :

-la royauté sacrée -la fonction royale -les deux glaives -le Roi des Juifs - le Saint Empire - le Roi très-chrétien

Ces titres de chapitre évoquent, sans aucun doute, les travaux de René Guénon qui a abordé plusieurs de ces thèmes (parfois avec d'autres titres) dans ses ouvrages. Cela me rappelle également les recherches de Saint Yves d'Alveydre sur la Synarchie où la notion de Royauté n'est pas la vision que peut en avoir un citoyen républicain français critique...

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