Cet article forme un tout avec un autre à publier prochainement (première partie : les délires/seconde partie : les vérités) qui constituent ainsi un collector qui permet de rassembler (partiellement) ce qui fut épars dans les publications de ce blog ; ce n'est pas une conclusion définitive car tout est mouvement...

 

Je reviens sur l'article du 25 décembre à propos de Philippe dit de Lyon : il s'agit en effet d'un conte de Noël, écrit, comme tous les contes, pour faire rêver...mais le compte n'est pas bon...

Il est issu d'un patient travail à partir d'éléments exacts (la chemise de nuit, le directeur-fondateur du Grand Hotel de Genève, les femmes exclues des Universités russes) : à partir de ce patchwork, une histoire a été montée autour du maître du Clos Landar de l'Arbresle. Ceci à l'image de ce qui a souvent été fait à son sujet : en faisant l'amalgame d'éléments précis on peut monter toute une légende pour séduire le peuple...

Car les visiteurs de ce blog ont pu en constater des amalgames, des anomalies, des inventions ! La liste est trop longue pour la reprendre ici mais il sera facile au lecteur curieux de les retrouver grâce à la table des tags située sur le côté droit de cette page. Et il n'y a jamais eu de possibilité de contre-dit, car que peut-on faire lorsque l'on a acheté un livre dans une librairie ? Surtout que les possibilités de dialogues par internet ne sont que d'une existence relativement récente ; et encore ! Car bien souvent le lecteur de ces livres de pseudos-témoignages sur la vie et les paroles du-dit Maître accepte tout ce qui est affirmé sans poser de questions, considérant que tout est vérité.

Des exemples ? Tout ce qui va suivre est extrait de livres, de témoignages, de sites ou de blog internet.

Cela commence avant sa naissance : on voit Marie Vachod accompagnée certainement de son mari Joseph Philippe prendre le chemin d'Ars (ce qui n'est pas évident à l'époque, les cartes confirmant qu'il n'y avait pas de route directe entre les Rubutiers, Yenne, la frontière franco-italienne, et Ars de l'autre côté de la rivière d'Ain) pour y rencontrer Jean-Marie Vianney qui pronostique un grand avenir pour leur enfant. On ne sait pas si les parents firent le voyage en carriole tirée par un âne ou si Marie était, enceinte, assise sur l'âne, accompagnée à côté par Joseph...(qui sont les témoins ?)

loisieux 1865

La nuit de la naissance fut merveilleuse, pendant l'orage les habitants du coin sortirent des maisons et virent une étoile au dessus de celle des Philippe, et pendant l'accouchement Marie pleine d'allégresse chantait doucement (elle connaissait bien ses classiques religieux) (qui sont les témoins ?)

Bien entendu, pendant son enfance, Nizier-Anthèlme gardait les moutons et les soignait en traçant des cercles autour des animaux malades (qui sont les témoins ?) Un livre présente même, sans précisions, la photo d'un petit berger et beaucoup de lecteurs (comme d'habitude sans se poser de question) ont cru que c'était lui que le fameux photographe du coin avait pris pour la postérité...Déjà à l'époque on apprend que les miracles et les guérisons se succédaient autour de lui (dès l'âge de 7 ans) (qui sont les témoins ?)

A l'âge de 14 ans, le petit garçon savoyard prit, pieds nus (!!!) la route de Loisieux à la rue d'Austerlitz (quartier de la Croix-Rousse à Lyon) où sont oncle Hugues Vachod (Vachot ?) tenait une boucherie avec son épouse Marie. L'histoire ne dit pas si en chemin le petit savoyard pieds nus rencontra Jean Valjean... (qui sont les témoins ?)

Heureusement qu'il alla en cours chez les Frères lorsqu'il avait fini son travail de livraison de boucherie, car il y a de fortes chances qu'il ne parlât pas, ou mal le Français ; il est en effet connu et reconnu que dans les années 1870 les paysans savoyards parlaient une langue, d'ailleurs officielle, le franco-provençal ou arpitan, une langue romane que les Sociétés savantes étudient encore de nos jours.

Pour revenir aux merveilleuses aventures de Nizier-Anthèlme, il avait des dons très particuliers de résurrection : ainsi selon un auteur, sa soeur Josepht (ou Josepha) née en 1850 décéda en 1855, et selon le même auteur elle mourut une seconde fois à Lyon et dans ses bras à l'âge de 25 ans...D'ailleurs n'alla-t-il pas lui-même assister à son propre enterrement !

 Nous passerons sur les très nombreux témoignages des soins et guérisons réels et sérieux : heureusement il y en a ! Charge à chacun de se rendre compte de la réalité et du sérieux...par opposition aux délires, inventions, fanatismes et superstitions.

Il avait beaucoup d'humour : par exemple il était chargé de l'animation du marché du quai Saint Antoine (en bord de Saône) par des tours de prestidigitation, n'hésitant pas à se salir en cassant des oeufs !

Ainsi, il réussissait à faire tenir 40, 60, 80, 100 personnes dans une pièce de la maison qu'il louait au 35 rue Tête d'or de Lyon. Plusieurs plans de cadastre nous en ont laissé les dimensions exactes de cette maison, elle couvrait une surface d'environ 13 mètres sur 9 en hors-tout, c'est-à-dire les murs extérieurs, sans les aménagements de murs intérieurs, couloirs, portes, et sans les meubles ; visiblement un couloir la séparait en deux. Plusieurs témoins ont affirmé qu'elle avait deux étages, ce qui est faux ! On voit très bien sur les photographies de l'époque qu'elle avait un sorte de cave entresol, un plein-pied auquel on accédait par le perron qui surmontait la grotte artificielle du jardin, un étage et des combles sous le toit, cela est d'ailleurs confirmé par l'état cadastral au nom de Tapissier qui la vendit ensuite à Jean Chapas.

tete d'or porte

cadastre 1889 - Copie

tapissier

D'un esprit inventif, il fabriqua la première voiture sans chauffeur : pris dans un coup de vent où son passager maintenait son chapeau, il allumait tranquillement sa pipe ! De même il inventa le premier et en un seul exemplaire un combiné téléphonique...quant au four à micro-ondes, on ne sait pas, ou du moins, aucun témoin n'en parla...

On pourrait penser qu'il était un polyglotte averti avec ses multiples contacts hors de France : il étudia par correspondance avec l'Université américaine de Cincinnati, passant sa thèse avec succès, il fit de longs périples dans la Russie du Tsar (avec ou sans son alter-égo Papus), il se rendit auprès du Bey de Tunis, possédait dans son portefeuille une lettre du Kaiser allemand, etc...Je veux bien que certains dans le monde aient pu parler français, mais cela n'est qu'une simple supposition non définitive, ni prouvée. Car il ne faut pas oublier qu'à l'époque la France subissait une rude concurrence de l'Empire allemand et de l'Empire britannique !

C'est d'ailleurs lors de ses contacts avec le Tsar et ses voyages en Russie qu'il fit preuve de ses talents en matière de bilocation. Ce phénomène est reconnu par l'Eglise catholique par exemple pour le Padre Pio ou Marthe Robin, mais il est curieux de constater qu'à la différence d'eux, elle n'a jamais reconnu Philippe de Lyon ni comme Bienheureux, ni comme Saint...

Dans les carnets soi-disant rédigés par sa fille Victoire et que l'ouvrage publié par les Editions Arqa a sérieusement mis en doute (elle aurait tenu certains de ses écrits dès l'âge de 14 ans), et dans d'autres ouvrages, on nous fait part de son art de la pronostication ou de révélation.

Ainsi, en 1881 il annonça l'arrivée du Chemin de Fer à l'Arbesle pour bientôt ...alors que la ligne existait depuis le 10 novembre 1873 complété le 17 janvier 1876 ! Et qu'il empruntait régulièrement cette ligne par la gare Saint Paul de Lyon. Ainsi la région sera inondée jusqu'à la Tour du Pin, seul le Clos Landar de l'Arbresle restant émergé. Il a certes annoncé la destruction du Pont Morand par les troupes allemandes, mais il a été absolument impossible de savoir si cette assertion a été rajoutée...après coup ou non. D'ailleurs lorsque l'on compare attentivement des témoignages de différentes origines (par exemple par les dates) on découvre que les témoins présentent les mêmes choses...différemment. On retrouve également le phénomène de bilocation car il lui est arrivé d'être en même temps rue Tête d'or et à l'Arbresle.

clos marina pied dans l'eau

prédiction que j'ai essayée de réaliser...

Dans ces carnets de Victoire, on peut lire entre autres choses beaucoup plus sensées :

- le soleil est également habité, il n'est pas éclatant et brûlant comme nous le pensons

- la race la plus nouvelle sur terre et qui partira la première est la race blanche, viendra ensuite une race d'êtres ailés

- la lune est la mère de la terre

- il y a une planète voisine de nous où on ne soigne les malades que par la sudation

- de 12 à 30 ans Jésus a passé ses jours et ses nuits dans les entrailles de la terre où habite un monde plus arriéré que nous

- dans 10 ans la lune subira une perturbation et ce sera l'annonce d'un cataclysme effroyable que vous pourrez tous voir

- il y a des planètes où l'on sert comme thérapeutique de l'eau salée, de la morphine et de l'huile essentielle de foin

- je me souviens d'avoir été il y a 650 siècles sur la lune

- la lune a été habitée : elle a ses hommes avec un seul oeil au milieu du front, un crane tenant du singe et un museau de chien

- il y a 350000 ans que l'homme est à l'état d'homme sur la terre

etc...Et tout ce fatras est mélangé à des paroles de sagesse, à des connaissances chimiques ou des moyens de guérison et de magnétisme : alors franchement, a-t-on ainsi voulu le ridiculiser ? Car par tout cela le mage Philippe n'est plus crédible !

On a même un effet contraire : il présente une analyse très pointue de la lettre (Épître) aux Thessaloniciens ! On est alors pris d'un doute : et si tout cela avait été fabriqué ? Car nous nous trouvons devant deux situations contraires : il décrit les hommes-singes habitant la lune et commente savamment les écrits de l'apôtre Paul !

Et il y a bien d'autres curiosités dans ce qui nous est rapporté sur notre héros. Par exemple on nous dit que le soir secrètement et sans que personne ne le voie il allait passer un moment au bord de la pièce d'eau (appelée à tort étang) du domaine de l'Arbresle (qui sont les témoins de cette promenade secrète ?)

A ce sujet un recueil de photos a publié un plan du Clos visiblement dessiné par quelqu'un qui n'y a jamais mis les pieds : la pièce d'eau est minuscule par rapport au reste, alors que, dès l'époque, elle couvrait une grande superficie (photographie d'avant 1905)

pièce d'eau

étang d'avion

Autre : il est écrit qu'un soir seuls étaient présents Mme Philippe, son mari et la bonne. La bonne leur annonce que les 11 sont de nouveau venus (on peut supposer l'équipe de football, quoique...) (qui sont les témoins de cette conversation à trois ?)

On nous dit que Philippe était opposé et condamnait les sociétés secrètes : on verra que cette information peut être également qualifiée de fantaisiste du fait de ses contacts, du fait de ses visiteurs.

Nous avons vu ici-même que Jean Chapas a bénéficié, lui aussi, de son lot de bêtises : http://verlatradition.canalblog.com/archives/2015/09/19/32648461.html n un véritable massacre !

Et avec les moyens modernes de communication (internet) on découvre que Maitre Philippe intervient régulièrement pour délivrer des messages à la mode nouvelageuse (testés par plusieurs personnes qui, comme moi, n'ont rien compris), on peut même prendre un rendez-vous avec lui moyennant finances, et en Suisse il a déposé sa marque pour vendre des produits miracles.

On peut dire que des générations de lecteurs ou d'adeptes ont ainsi lu les mêmes ouvrages avec de telles précisions, et les ont acceptées ; le problème est que, sans contre-dit possible, on ne peut pas connaître leurs réactions. On ne peut se baser que sur les réactions actuelles : lors de discussions avec de nombreuses personnes, on s'aperçoit qu'elles n'ont pas découvert l'ineptie de tels détails et acceptent sans broncher tout ce qui a été écrit, ne jurant que par les auteurs portant le label Philippe...

Il était prévu que cet article se présente en deux parties : celle abordée ci-dessus et une seconde où nous essayerions de présenter des faits avérés, preuves à l'appui d'un mage Philippe de très grande importance et souvent méconnu, avec en plus références à des ouvrages de Arqa ou de Serge Caillet. Mais, en raison de l'importance prise par cette démonstration des faussetés, il est nécessaire de séparer le tout en deux articles afin de ne pas alourdir la lecture. Donc ...à suivre...

à propos...moi aussi je sais faire...

tphilippe - Copie

 Un article de commentaire a été publié sur le site d'un des Ordres martinistes, considérant que mon étude ci-dessus dévalue le Maitre Philippe de Lyon. Voici ma réponse (certains passages sont rendus anonymes)

Je suis flatté que Monsieur J-P B., membre, entre autres de la Société des Gens de lettres et participant à de nombreuses expressions médiatiques  la sphère des groupements initiatiques, ait pris la peine de s'attarder sur mon étude consacrée aux inepties publiées sur Nizier-Anthèlme Philippe dit Maitre Philippe de Lyon.
Visiblement, il n'a pas lu tous les détails de ce que j'ai publié, notamment qu'il s'agissait d'une première partie où je rapportai le côté négatif de ce dossier. Ce qui lui permet de tenir des propos tout-à-fait contraires aux préceptes préconisés par Papus ou Philippe lui-même, pour ne pas remonter à Martinez de Pasqually ou Saint Martin.J'ai déjà connu cela dans un monde où l'on manie plus souvent la hache que le rameau de la Paix.Donc j'engage J-P B, en toute fraternité, à relire cette étude attentivement et d'attendre la seconde partie consacrée à la réalité du personnage, qui représentait une Science, une Connaissance, peut-être encore plus importante que ce qui nous en est présenté, même en milieu martiniste.
Avec mes salutations les plus fraternelles...
à propos :  je suis en possession d'ouvrages passionnants dont des éditions originales des Missions, de Philippe Encausse et de Marc Haven, l'évangile de Cagliostro, ce qui explique ma défense de N-A.Philippe)

Et j'ai des doutes quant à la parution de la réponse : car je viens de découvrir que, contrairement à tous les principes de liberté d'expression,  ce site n'autorise que  les commentaires de ses membres. Et là il est trop facile d'asséner ses propres jugements et vérités sans laisser la place à aucune réponse ni contredit.