extrait du sermon 36 sur le Cantique des Cantiques

L'Apôtre le dit : celui qui pense savoir quelque chose ne sait pas encore comme il faut savoir (1 Co,8,2). Tu vois qu'il n'approuve pas celui qui sait beaucoup de choses mais qui ignore la manière de savoir. Et dans cette manière de savoir, tu vois que l'Apôtre situe le fruit et l'utilité de la connaissance. Pourquoi parle-t-il ainsi de la manière de savoir ? Pour que tu saches dans quel ordre, avec quel soin et dans quel but  il s'agit de connaître chaque chose. Dans quel ordre : pour que tu donnes la priorité à ce qui fait mûrir plus vite le salut. Avec quel soin : pour que ton ardeur aille d'abord à ce qui stimule d'avantage l'amour. Dans quel but : pour que tu ne recherches ni la vaine gloire ni la simple curiosité, ni rien de semblable, mais seulement ton édification et celle du prochain.

Il est des hommes, en effet, qui veulent savoir dans le seul but de savoir : indigne curiosité. Il en est d'autres qui veulent connaître pour se faire connaître : indigne vanité. Ils n'échappent pas à la moquerie de ce poète satyrique qui disait d'eux : pour toi savoir n'est rien, si personne ne sait que tu sais. Il en est d'autres encore qui veulent savoir pour vendre leur science, en tirer de l'argent, par exemple, ou des honneurs : indigne profit. Mais il en est aussi qui veulent savoir pour édifier : c'est la charité. Il en est d'autres qui veulent savoir pour être édifiés : c'est la sagesse.

Seules ces deux dernières espèces d'hommes n'abusent pas du savoir, puisqu'ils veulent comprendre afin de faire le bien. Bonne est l'intelligence pour ceux qui la font passer dans leur vie. Mais que tous les autres entendent cette parole de Saint Jacques : celui qui connaît le bien et ne le fait pas commet un  pêché. C'est comme si on disait, par mode de comparaison : celui qui prend de la nourriture mais ne la digère pas se fait du mal. Ainsi, on peut ingurgiter beaucoup de savoir dans l'estomac de l'âme, qui est sa mémoire. Mais ce savoir devra bien être considéré comme pêché s'il n'a pas été chauffé au feu de l'amour, et s'il n'a pas été ensuite réparti et assimilé par ce que nous appellerons les organes de l'âme, c'est-à-dire sa conduite et ses actions. Car il s'agit que notre savoir, à partir du bien qu'il connaît, se transforme lui-même en bien, dans une vie et un comportement qui porteront témoignage de cette transformation.

retranscrit par Pierre-yves Emery, frère de Taizé aus éditions Desclée/1979

Que voilà un bien beau texte où savoir, connaissance, charité, sagesse, sont abordés ! On remarquera que pas une seule fois le thème de la Religion n'y est abordé (hormis les deux citations évangéliques), ce qui souligne bien l'Universalité du message, Universalité hors du conditionnement temporel, hors du conditionnement spatial. Une leçon de sagesse.

Je sais qu'en lisant ces lignes, certains habitués de mon blog vont sourire, si ce n'est rire : car dans les sujets qui nous intéressent en commun, nous avons rencontré, nous rencontrons encore des personnes qui ne vivent que par les défauts ainsi dénoncés, uniquement dans le but de profits égotiques...

Le portrait ci-dessous est celui qui illustre déjà mon article sur Bernard et l'Ordre du Temple  http://verlatradition.canalblog.com/archives/2015/07/11/32343378.html

bernard

et je ne résiste pas à la tentation de présenter la photographie d'une plaque (maintenant disparue) figurant à la porte d'un certain chateau du Beaujolais

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