Lors d'une conversation à plusieurs, je surpris mes interlocuteurs en déclarant que connaître ce qu'ils appelaient ses réincarnations ne m'intéressait aucunement.

En effet, savoir que mon JE fut femme de ménage dans les pyramides, gardien de cochons d'une ferme du Périgord, ou porte-pot dans les couloirs de Versailles, ni que j'ai pu faire brûler sur le bûcher 33 hérétiques ou étranglé mes 7 frères et soeurs, ne m'est d'aucune utilité. Je sais que des théories expliquent que nous sommes la résultante de ce que nous fûmes dans le passé, et alors ?

Je fis remarquer que ceux qui jouent avec les utopies, soit font regretter un paradis perdu, soit promettent un paradis à venir...mais ils ne parlent jamais du moment présent. En effet, au moment où j'écris ces lignes, celles par lesquelles j'ai commencé font déjà partie du passé, et je ne m'en formalise pas. Le passé n'existe plus et le futur n'existe pas encore ; je sais et je le redis, que mon présent est en quelque sorte la somme de mon passé, c'est d'ailleurs pourquoi je m'attache tant à essayer de comprendre ce passé sur ce blog, pas pour moi mais pour comprendre les autres, dont certains personnages marquants. J'ai déjà eu assez de travail à analyser et à connaître (le connais toi toi-même cher à Socrate et Platon) ma présente incarnation (pour parler comme tout le monde) que s'il fallait que je comprenne celles qui ont précédé, cela me prendrait encore longtemps, des siècles et des siècles...

En ce qui me concerne je suis dons dans le ici et maintenant, hic et nunc, pour parler comme les érudits ; d'ailleurs à ce sujet, certainement encore une blague de l'un de mes héros, lorsque je consulte la définition de hic et nunc sur Wiktionary, je lis une citation en exemple : Docteur sans diplôme, bien entendu ! L’aventurier aspirait à en avoir un et le tsar demanda, comme une chose toute simple, qu’on délivrât hic et nunc à son favori le parchemin ardemment convoité. (Joseph Caillaux, Mes Mémoires, I, Ma jeunesse orgueilleuse, 1942) Mon fan-club comprendra l'allusion.

Pour parler plus sérieusement, voici ce que je lis sous la plume de Jean-Pierre Giudicelli dans un ouvrage étudié pour d'autres raisons, au cours d'un chapitre intitulé la doctrine du corps immortel :

...la pratique de l'attention nous montre aussi que nous fuyons le RÉEL présent, le mental, toujours dans le futur ou le passé, devant être ramené à ce qui est, Hic et Nunc (Ici et Maintenant) ; alors, se reconstitue peu à peu une conscience présente qui, s'amplifiant de plus en plus, nous fait voir nos propres relations comme des zombis, véritables ensommeillés, mangés par leur considérations, pour lesquels, la fin qui les attend et leur inhumation, ne sont qu'un formalité, car en fait, ils étaient déjà morts, peu après leur naissance...

Voilà pourquoi j'entends pleinement vivre chaque seconde, ici et maintenant.

Et quant à la Réincarnation, je suis entièrement d'accord avec une déclaration de Serge Caillet dans un entretien donné à France Spiritualité :

...Pour ma part, et je ne suis pas le seul, je ne crois pas du tout que l'idée de la réincarnation telle qu'on l'entend aujourd'hui, ou telle qu'on l'entendait à l'époque de Papus, corresponde à une réalité ! Et je suis bien tenté, pour un fois, de suivre René Guénon quand il affirme que cette notion est moderne. En particulier, je ne crois pas, mais alors pas du tout, que le Christ enseignât cette doctrine, et les paroles de l'écriture que l'on cite toujours pour étayer cette thèse sont sans aucun rapport pour qui connaît les textes auxquels on fait souvent dire n'importe quoi. Encore faut il se donner la peine d'étudier le texte grec dans son contexte historique et théologique ! Origène mis à part, dont le cas est d'ailleurs plus complexe que ne se plaisent à le croire nos modernes réincarnationistes qui l'enrôlent un peu trop facilement dans leurs rangs, aucun Père de l'Eglise n'enseigne cette doctrine. La préexistence n'est pas la réincarnation. Et la notion traditionnelle de la rotation des âmes qu'on rencontre dans la Kabbale ne correspond pas à la réincarnation façon Kardec. Il faudrait aussi évoquer la question complexe des héritages psychiques...

Et il en est ainsi.