J'ai déjà par deux fois publié ce texte. Si je le refais aujourd'hui c'est pour une ciconstance très particulière : le départ de son auteure. C'est avec une très grande émotion que je salue ici la mémoire de Marie-Lise T. Car je lui dois tant : nous avons travaillé ensemble plusieurs années, lors de rencontres mensuelles en petit comité à Paris, notamment dans une extraordinaire bibliothèque privée. C'est elle qui m'a appris à travailler comme je le fais ici et qui a pleinement contribué à ma richesse de l'Esprit : sans elle, ce blog n'existerait pas ainsi !

Ainsi, justement ce texte remarquable intitulé : Être chevalier aujourd'hui ? et dont je me suis permis de relever quelques extraits.

Le monde change, le cycle change, tout change autour de nous. Et parce que tout change et qu’on comprend que tout doit changer, on prend la décision, chacun à l'heure qui est la sienne, de travailler à ce changement. Ainsi quand on a pris conscience de la nécessité pour le monde de s'élever au plan de spiritualisation qui doit être le sien en cette nouvelle ère, on décide de retrousser ses manches afin d'aider à cette difficile parturition.

Quelle tâche enthousiasmante que de participer à l'avènement d'un âge nouveau ! Quelle œuvre satisfaisante pour l'esprit que d'aider les autres à progresser sur le chemin qu'on juge le meilleur ! L'être s'enflamme vite, et d'autant plus qu'il est persuadé d'œuvrer dans le sens de ce qu'il considère comme le summum bonum. Parce qu'on a découvert, derrière l'arbre des apparences, la forêt du monde neuf qu’on veut contribuer à mettre au jour pour le commun des hommes, on croit, de bonne foi, s'être définitivement dégagé des liens étroits d'une vue limitée et d'un égoïsme desséchant. ...

On n'est pas bâtisseur seulement parce qu'on sait qu'il y a quelque chose à bâtir. On n'est pas chevalier simplement parce qu'on sent que cela peut apporter une dimension nouvelle. La Forêt de toutes les conquêtes est à jamais la Forêt Aventureuse des légendes du Graal, et nul n'y pénètre qui ne sait pas maîtriser sa monture et manier l'épée. Perceval lui-même, le chevalier par excellence, celui qui plus que tout autre avait, avant même que de savoir qu'il existait une chevalerie, l'âme chevaleresque, Perceval lui-même est allé faire son apprentissage chez plus expérimenté que lui : Gornemant de Goort, son parrain, qui lui enseigna l'art de monter, l'art de se servir de ses armes. Et malgré les dons naturels de Perceval, malgré toute sa bonne volonté, malgré tous ses efforts, il lui restait tant à apprendre.

... Car la chevalerie est un pèlerinage avant que de devenir un état. Con-quérir, c'est chercher ensemble. Il n'y faut pas l'orgueil. Il n'y faut pas l'ivresse. Il y faut le désir, la confiance et la joie. Il y faut la sagesse et la persévérance. Il y faut, absolue, la démission de soi. ... ... La conscience de soi est en effet, parmi les vertus chevaleresques, la première de toutes et la plus éminente. Non pas « qui suis-je ? », mais « que suis-je ? ». Le chevalier se définit par rapport à un Ordre, qui est le microcosme dans lequel il évolue et dont il est une cellule. Dans un corps, le bras, la jambe, l'estomac sont d'égale importance pour la vie de l'ensemble. Ce qui seul importe, c'est que le bras assume sa fonction de bras, la jambe sa fonction de jambe, l'estomac sa fonction d'estomac. C'est que chaque membre, chaque organe ait pris conscience de la responsabilité que sa fonction implique dans la vie globale de l'organisme. C'est que chacun ait pris conscience, tout simplement, qu'il a une fonction à remplir.

Être chevalier, c'est se vouer à l'action. Il y a une circonspection, une prudence, qui sont la marque de l'authentique chevalerie. Le chevalier ne se lance pas dans l'action sans prendre la mesure des choses et, en tout premier lieu, de soi. La vraie bravoure n'a de place ni pour la témérité, ni pour l'indifférence. La conscience de soi n'a de place ni pour l'orgueil, ni pour la fausse humilité. Le chevalier parfait est celui qui sait aussi bien retenir ses élans que se lancer dans l'aventure, marcher en tête qu'assurer l'arrière-garde. Dans la Règle du Temple, celui qui manquait, fût-ce une seule fois, à cette éthique fondamentale ne pouvait plus jamais exercer la fonction de commandeur au combat. Il risquait les fers, ne pouvait plus porter le gonfanon et demeurait passible de la perte de l'habit. La Règle était très dure pour ceux qui, pour quelque raison que ce soit, pouvaient mettre en péril la vie d'un Frère, de la Maison ou de l'Ordre dans son ensemble. Non nobis. C'est cette humilité fondamentale, ce don de soi, qui sont exigés de plus en plus expressément du chevalier à mesure de sa progression vers l'état de chevalerie. ...

La chevalerie d'aujourd'hui n'a pas besoin plus que celle d'hier de matamores et de héros empanachés. Bien au contraire, le chevalier fait œuvre de chevalerie chaque fois qu'il agit dans le silence. Il y a, dans le cœur du chevalier authentique, l'obscur et terrible combat de Cyrano de Bergerac, jusqu'au bout de la quête, jusqu'à la démission du soi. « Bienheureux le serviteur qui ne se glorifie pas plus du bien que le Seigneur dit et opère par lui, que du bien que le Seigneur dit et opère par un autre. » La Règle franciscaine est une Règle de chevalerie. Saint François n'aspirait-il pas lui-même à devenir troubadour, ou chevalier ? Le chevalier de tous les temps n'est qu'une voix parmi l'infinité des voix qui chantent depuis toujours le chant sublime des Créatures. Entre la Créature et le Créateur, il y a cette mélodie subtile qui s'exhale de l'être qui s'est reconnu, et qui s'immerge pour atteindre les rivages nouveaux de l'au-delà du soi. ...

Si vous voulez lire le texte complet, qui aurait été trop long pour figurer ici, voici le lien :

http://www.orphica.fr/etre-chevalier-aujourdhui.html

 

chevalier

Vous pouvez également consulter la totalité de son site au suite de quelques-unes des nombreuses études qu'elle a consacrées à la Tradition, en posant www.orphica.fr.

Merci Marie-Lise...