Au premier siècle de notre ère, à la frontière de Babylone, un garde questionna un voyageur grec de belle apparence

- « Quels présents apportes-tu à notre souverain? demanda-t-il.

- Toutes les vertus, répliqua le Grec.

- Penses-tu que notre roi ne les a pas? s'enquit l'officier.

- Il peut les avoir, mais il ne sait pas s'en servir », répondit hardiment le voyageur qui s'appelait Apollonius de Tyane.

Malgré l'insolence de ses propos, le voyageur fut autorisé à passer la frontière babylonienne, le garde estimant que le roi pourrait trouver quelque intérêt à rencontrer l'excentrique visiteur.

Apollonius était né en Cappadoce vers l’an 4 av. J.-C. Ses maîtres cessèrent de l'instruire lorsqu'il eut quatorze ans, à cause de son intelligence innée. Le jeune garçon, à seize ans, prononça les vœux qui le liaient à 1'école de Pythagore et s'attacha au temple d'Aegae. Sa sagesse et ses réussites médicales étendirent si vite sa réputation que l’on disait en Cappadoce aux gens pressés: « Pourquoi tant de hâte? Courez-vous voir le jeune Apollonius? »

Un prêtre d'Apollon lui apporta un jour une carte gravée sur cuivre, lui disant qu'elle indiquait le chemin de la Cité des Dieux. Apollonius fut bientôt en route vers l’est. A Mespila (Ninive), un certain Damis lui offrit ses services comme guide. La biographie du philosophe grec fut écrite, plus tard, par Philostrate à la demande de l'impératrice byzantine Domna.

Après de dures étapes qui les menèrent en Inde, les deux voyageurs, partant des bords du Gange, tournèrent au nord en direction de l'Himalaya. Il est à présumer qu'ils allèrent au Tibet, car le voyage prit dix-huit jours. Comme le sage grec et son dévoué compagnon approchaient de l'Olympe asiatique, d'étranges phénomènes commencèrent à se produire. Le chemin qu'ils empruntaient s'effaçait derrière eux. Le paysage était mouvant et il semblait aux voyageurs qu'ils avançaient dans un site enchanté. Aux limites de cette région merveilleuse, un jeune garçon vint à leur rencontre et s'adressa, en grec, au philosophe, comme si la venue de celui-ci était attendue. Apollonius de Tyane fut alors présenté au maître du pays que Philostrate appelle Iarchas.

La fabuleuse contrée regorgeait de merveilles scientifiques. Il y avait des puits d'où sortaient des colonnes de lumière qui s'élevaient dans l’air comme celles des projecteurs. Des pierres phosphorescentes illuminaient la ville d'une clarté comparable à celle du jour.

Apollonius et Damis assistèrent à des démonstrations de lévitation où les hommes, sans poids, flottaient en Pair. Quatre automates, tripodes, circulaient dans la salle à manger, distribuant nourritures et boissons tandis que les visiteurs étaient assis à la table de leur hôte. Le biographe d'Apollonius emprunte à Homère la description de ces robots qui « mus par l'esprit, roulaient de place en place autour du lieu béni, se déplaçant d'eux-mêmes, obéissant au moindre signe des dieux. »

Les réussites techniques et la supériorité intellectuelle de cette communauté impressionnèrent si fort Apollonius qu'il se contenta d'un signe muet d'assentiment quand le roi Iarchas lui fit remarquer ce fait évident: « Tu es venu vers les hommes qui savent tout. »

Selon le philosophe de Tyane, ces savants « vivaient à la fois sur la terre et en dehors d'elle. » La remarque a-t-elle un sens littéral ou allégorique? Si nous l'acceptons à la lettre il faudrait comprendre que ces peuples étaient en communication avec d'autres mondes d'autant plus aisément qu'ils avaient maîtrisé la force de gravité. Cette interprétation permettrait de comprendre une autre affirmation de Iarchas: «que l'univers est chose vivante. »

Apollonius reçut des adeptes d'Asie une double mission. Il fut chargé, tout d'abord, d'enterrer certains talismans ou aimants dans des lieux qui, à une époque future, prendraient une signification historique. Il devait, de surcroît, rentrer en Occident pour secouer la tyrannie romaine.

Le sage grec parvenu à Rome sous le règne de Néron, au temps ou les écoles philosophiques étaient en butte aux persécutions, fut promptement traduit devant un tribunal. Lorsque le procureur déroula le manuscrit où étaient consignées les charges contre Apollonius, le juge, stupéfait, constata que le document était vierge! Aucune preuve écrite ne pouvait être retenue contre lui: l'accusation tombait d'elle-même. Apollonius fut relâché, mais, de ce jour, les autorités romaines furent envahies, à son égard, d'une crainte superstitieuse.

Sous l'empereur Vespasien les choses aillèrent mieux et le philosophe fut choisi comme conseiller impérial. Son influence augmenta encore avec Titus qui lui dit: "En vérité, si j'ai pris Jérusalem, toi, Apollonius, tu m'as conquis! " Sous le règne de Domitien, le sage fut accusé d'activités anti-romaines. Au procès, Apollonius regarda dédaigneusement l'empereur qu'il avait connu tout enfant. Les patriciens, anxieux, se souvenaient des faits étranges survenus au tribunal de Néron. Domitien et les juges, pour éviter un échec public, tentèrent de se blanchir en retirant quelques-unes des charges imputées à l'accusé à condition qu'il fût cependant condamné.

Face à l'empereur romain, Apollonius, se drapant dans son manteau, l'interpella: "Tu peux détenir mon corps, mais non mon âme, dit-il, et j'ajoute que mon corps même tu ne le tiens pas! " Sur ces mots, il disparut dans un éclair que purent voir des centaines de témoins rassemblés au tribunal.

L'histoire ne mentionne pas la date à laquelle mourut le philosophe. La présence d'Apollonius, alors centenaire, est attestée à Éphèse, puis les chroniqueurs perdent la trace de ce personnage hors série.

Le séjour du sage de Tyane en Asie où il s'instruisit aux pieds de ceux « qui savaient tout» est d'un grand intérêt historique. Apparemment, nos robots ne sont pas nouveaux si des automates servirent Apollonius et Damis dans le palais de Iarchas. L'antigravitation était utilisée par ceux qui pouvaient à leur gré s'élever et planer dans les airs. D'après le récit, le paysage était mouvant quand les voyageurs arrivèrent dans les parages de la secrète demeure tibétaine. Les vagues lumineuses ondulatoires relèvent plus de la science-fiction que de la science proprement dite, mais le phénomène pourrait expliquer les scènes qui se passèrent aux abords du Tibet et la disparition du philosophe grec au tribunal de Domitien. La brillante clarté qui provenait des puits et des pierres était peut-être produite par l'électricité ou quelque autre source d'énergie. Personne n'a le droit de rejeter sans examen le témoignage de Philostrate qui recourut, à Byzance, à de nombreux documents pour rédiger la biographie d'Apollonius. Pas plus que ne sont contestables les écrits des auteurs de l'Antiquité comme Hérodote, Virgile, Plutarque et tant d'autres. Apollonius de Tyane fut si vénéré que Septime Sévère, maître de l'empire romain de 193 à 211 de notre ère, conservait une statue du philosophe grec dans une chasse qui abritait également Jésus et Orphée.

"Nous ne sommes pas les Premiers" Andrew THOMAS (disciple de Nicholas Roerich)- Les chemins de l'impossible ALBIN MICHEL - 1972 cité par

http://www.apollonius-de-tyane.ch/apollonius.htm#APOLLONIUS

Ceux que la vie d'Apollonius intéressent peuvent également consulter http://fr.wikipedia.org/wiki/Apollonios_de_Tyane

(impression rectifiée)