Je ne désire pas être le meilleur

Je ne désire pas être le premier

Je ne désire pas être le plus beau

Je ne désire pas être le plus fort

Je ne désire pas être le plus riche (quoique...ça peut servir...)

Je ne désire pas être connu à la télévision ou dans les réseaux dits sociaux

Vivre en citoyen ordinaire, être à ma juste place, partager et servir les autres...dans la mesure du possible

 

L’humilité

Le terme humilité est à rapprocher du mot humus, qui en est la source étymologique, et qui a donné par ailleurs le terme homme. Cela semble signifier que l’humilité consiste, pour l’homme, à se rappeler qu’il est poussière (ou littéralement : « fait de terre », c’est-à-dire de la matière la plus commune). Cela semble indiquer aussi que l’humilité est une attitude proprement humaine : et de fait, si l’homme n’est pas le seul être dont on puisse dire qu’il fut tiré du limon, il paraît bien être le seul à le savoir.

Mais du coup, il est aussi le seul à pouvoir l’oublier — et pire : à vouloir l’oublier. Au-delà de l’image du matériau (terre, humus), le terme d’humilité renvoie en effet à l’idée d’une provenance étrangère, d’une impuissance à être sa propre origine ; il paraît impliquer aussi, du même coup, l’idée d’une incapacité à s’accomplir par ses seules forces ; en un mot, il s’agirait d’avouer qu’il n’est rien en nous, hormis peut-être nos fautes et nos manquements, que nous puissions nous attribuer à nous-même, à nous seul. Or cette double impuissance n’est pas facile à admettre ; elle semble, à certains, incompatible avec la dignité de l’être humain, et sa reconnaissance constituerait à leurs yeux une intolérable humiliation.

Mais justement, est-ce une même chose d’être humble et d’être humilié ? Etre humble, est-ce se rabaisser, se manquer de respect à soi-même ? Cela doit-il conduire, en particulier, à accepter que les autres nous traitent comme « moins que rien » ?

Humilier quelqu’un consiste à nier sa dignité, ou du moins à manifester uniquement ses pauvretés et ses déficiences ; concrètement, cela revient souvent à le réduire à son animalité, ou à sa dimension purement physique : rien de plus humiliant pour un homme, par exemple, que de voir l’accomplissement de ses fonctions organiques privé du secret ou de l’habillage qui l’humanisent. Mais refuser cette humiliation, serait-ce manquer d’humilité ? Et inversement, faudrait-il refuser d’être humble pour échapper à l’humiliation ? Non pas, si humilité et affirmation de sa dignité sont, en vérité, compatibles, voire indissociables. Telle est du moins la position que l’on s’efforce ici de préciser.

D’une part, l’humilité ne consiste pas à se croire dépourvu de dignité, mais à se savoir incapable d’en être soi-même la source, et à se reconnaître impuissant à exister « à la hauteur » de celle-ci. En tant qu’être humain, je suis bien plus qu’un peu de boue (ou d’humus), contrairement à ce que suggère l’étymologie prise au pied de la lettre. Mais ce que je suis de plus, je ne me le suis pas donné à moi-même ; en outre, par mon comportement envers moi-même comme envers autrui, sans doute le trahis-je bien plus souvent que je ne l’honore. Ainsi, autant mon refus de ma dignité ne serait pas une vraie humilité (mais quelque chose qui pourrait être une profonde ingratitude), autant l’humilité véritable se manifeste par l’acceptation du fait que l’aide d’autrui m’est absolument indispensable. L’aide dont j’ai eu besoin pour être, tout simplement, en ce sens que je dois ma venue à l’être, et mon statut d’être pourvu de dignité, à autre chose ou à quelqu’un d’autre que moi-même. L’aide dont j’ai besoin, ensuite, pour tenter de ne pas être trop indigne de ma dignité : car précisément, celle-ci a quelque chose d’infini et d’absolu, qui fait de son plein respect une tâche au-dessus de mes forces — voire des forces humaines en général. Ainsi se préciserait la conciliation évoquée plus haut : être humble, ce n’est pas se considérer comme sans valeur, c’est au contraire voir sa propre grandeur et se sentir petit devant elle.

D’autre part et par conséquent, l’humilité ne saurait conduire à se laisser traiter comme un être sans valeur, et à accepter toutes les humiliations. Nulle incompatibilité entre être humble et exiger le respect : car ce dont j’exige le respect, à savoir ma dignité, c’est aussi ce dont je reconnais ne pouvoir être l’auteur. En ce sens, je demeure effacé et discret (« humble ») lors même que je mets en avant ma dignité d’être humain.

Concluons : il semble particulièrement important de ne pas se tromper sur le vrai sens de l’humilité, car toute erreur à son sujet irait forcément de pair avec une méprise sur le vrai sens de la dignité, et donc sur la juste attitude à avoir envers soi-même comme envers autrui.

publication : http://philo.pourtous.free.fr/Atelier/Textes/humilite.htm

Ajout

Et cela est de tous temps, cela continue aujourd'hui encore ; n'ai  je point écrit dans un autre article que tous les Hommes naissent égos ? Je le constate toujours dans le monde que je fréquente, et oui même dans le monde de la Connaissance, de la Tradition, de l'Initiation un monde ouvert aux autres et qui les respectent dans ce qu'ils sont.

Il me fut donné de rencontrer un vieux monsieur qui, discutant des différents groupements initiatiques, me présenta un porte-cartes dépliant avec une quantité considérable de cartes d'adhésion à quantité de mouvements maçonniques, martinistes, rosicruciens ...et peut-être d'autres...Et il  était gradé partout, exerçant différentes fonctions : je me suis demandé comment il ne se mélangeait pas aussi bien dans les données que dans les rituels... Et en plus il savait tout, il connaissait tout, possédait des livres et des livres. Je dois reconnaître que sa conduite n'était pas agressive et qu'il n'imposait pas son importance. Mais ce n'est pas toujours le cas : ainsi, dans une librairie traditionnelle de Lyon, je croisai un jour un client visiblement personnage important et qui à lui seul occupait toute la boutique...

Et dans mes réflexions relatives à Monsieur Philippe et son entourage j'ai retrouvé cela. Bien sûr il y eut Papus, mais c'est un cas à part et je l'adore...Le lecteur de ces lignes doit comprendre que si je réclame l'humilité, je peux en avoir le droit et la capacité mais cela est un autre problème, je préfère l'anonymat.

Lors de mes recherches, j'ai découvert une photographie particulière qui prête à sourire : celle du docteur Surville de Toulouse (ne pas confondre avec Durville de Paris, hasard de l'homonymie et de la profession) qui organisait de grandes réunions à son Institut Médical électromagnétique et où il récompensait de nombreux lauréats. Nizier-Anthèlme Philippe y fut primé deux fois le 15 mai 1884. Et bien voici sa photographie officielle :

surville_v